Charles Péguy 


Ecrivain, poète, philosophe... et pèlerin.

"Les événements, dit Dieu, c'est Moi. C'est Moi qui vous caresse ou vous rabote. Mais c'est toujours Moi ! Chaque année, chaque heure, chaque événement, c'est Moi. C'est Moi qui viens, c'est Moi qui vous aime, c'est Moi, n'ayez pas peur."

C'est de sa villa de Lozère (près de Palaiseau) qu'il part en pèlerinage pour Chartres du 14 au 17 juin 1912. Il s'agit pour lui de rendre grâce à la Vierge pour la guérison de son fils Pierre, malade de la typhoïde. Il écrit à son ami Lotte:

"Mon fils a été malade, une diphtérie en août, en arrivant à la mer. Alors, mon vieux, j'ai senti que c'était grave. Il a fallu que je fasse un voeu… J'ai fait un pèlerinage à Chartres. Je suis Beauceron. Chartres est ma cathédrale. J'ai fait 144 kilomètres en trois jours. Ah ! mon vieux, les croisades, c'était facile. Il est évident que nous autres, nous aurions été les premiers à partir pour Jérusalem et que nous serions morts sur la route. Mourir dans un fossé, ce n'est rien ; vraiment, j'ai senti que ce n'était rien. Nous faisons quelque chose de plus difficile. On voit le clocher de Chartres à 17 kilomètres sur la plaine. De temps en temps, il disparaît derrière une ondulation, une ligne de bois. Dès que je l'ai vu, ç'a été une extase. Je ne sentais plus rien, ni la fatigue, ni mes pieds. Toutes mes impuretés sont tombées d'un coup. J'étais un autre homme. J'ai prié une heure dans la cathédrale le samedi soir; j'ai prié une heure le dimanche matin avant la grand-messe... J'ai prié comme je n'avais jamais prié, j'ai pu prier pour mes ennemis... Mon gosse est sauvé, je les ai donnés tous trois à Notre-Dame. Moi, je ne peux pas m’occuper de tout... Mes petits ne sont pas baptisés. A la Sainte Vierge de s'en occuper."

L'année suivante, il renouvelle sa démarche du 25 au 28 juillet. Le 2 août 1914, Péguy rejoindra le 276ème régiment d'infanterie, il sera tué d'une balle dans la tête le 16 septembre 1914.

Présentation de la Beauce à ND de Chartres : le célèbre poème, extrait de "La Tapisserie de Notre-Dame". Quatre-vingt-huit quatrains tour à tour lyriques ou rugueux, une litanie qui se confond presque par moment avec la prière et le rythme des pas scandé par les répétitions.

J'ai souvent joué avec l'homme : extrait du "Mystère des Saints Innocents". "Je joue souvent contre l'homme, dit Dieu, mais c'est lui qui veut perdre, l'imbécile, et c'est moi qui veut qu'il gagne."